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Voici quelques exemples fameux :
Lettre de George Sand à Alfred de MUSSET:
Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons entre amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure, et souvent
difficile. Ainsi, en y songeant, j'ai l'âme
grosse. Accourez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.
La réponse d'Alfred de MUSSET:
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cour
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
La réponse de George SAND :
Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.
Extrait d’une lettre de Victor HUGO(1802-1885), à Adèle FOUCHER
Ce vendredi 9 h du soir
Voici le premier moment de joie de toute cette journée : je t'écris. Adèle, il me semble qu'il y a un siècle que je ne t'ai vue. Je ne puis me figurer qu'hier à pareille heure je fusse encore près de toi. Hier, j'étais bien heureux ! ô quand donc tous mes instants ; tous ! se passeront-ils ainsi ? Quand serai-je ton compagnon de tous les jours ? Quand pourrai-je veiller sur toutes les heures de ta vie, sur toutes les heures de ton sommeil ? Chère amie, il me semble que plus cette heureuse et mille fois heureuse époque approche, plus mon inquiète impatience redouble ! Si tu savais tout ce qui passe dans mon âme quand je songe à toi, à l'immense félicité qui me viendra de toi ! Je cherche en vain des mots, toutes mes idées restent confuses et ma tête n'est plus qu'un chaos d'amour, d'ivresse et de joie. Je crains, en vérité, que le jour où je pourrai m'écrier à la face de tous les hommes : elle est à moi, entièrement, uniquement et éternellement à moi ! Oui, je crains que ce jour-là mon être ne se brise de bonheur. [...]
Théophile GAUTIER (1811-1877)
Recueil La Comédie de la mort
A de beaux yeux verts Vous avez un regard singulier et charmant ;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux roule languissamment ;
Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ;
Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite,
Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,
Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement.
Mille petits amours, à leur miroir de flamme,
Se viennent regarder et s'y trouvent plus beaux,
Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.
Ils sont si transparents, qu'ils laissent voir votre âme,
Comme une fleur céleste au calice idéal
Que l'on apercevrait à travers un cristal. |